Historique

 

À Buenafuente del Sistal

 

L’histoire commence en Espagne, à mi-chemin entre Saragosse et Madrid, dans la vallée du Rio Tajo. Dans le village de Buenafuente del Sistal se tient le grand monastère de la Madre de Dios, construit à flanc de coteau. Il a été fondé au XIIIe siècle, à l’époque de la Reconquista - la reprise par les Chrétiens des territoires musulmans.

 

Occupé d’abord par une phalange de moines originaires d’Aquitaine, il devient plus tard une succursale du monastère cistercien de Santa María de Huerta, situé un peu plus au nord, et accueille dès lors des moniales cisterciennes. L’édifice date presque entièrement du XIIIe siècle, avec plusieurs bâtiments assez imposants, de nombreuses dépendances et une belle église. On y admire encore un très bel autel en bois sculpté et doré.

 

En 1768, les moniales de Buenafuente del Sistal font construire un orgue pour l’église par le facteur Joseph de Fuentes. La mention en 1768 d’une sœur Maria Vincente Saez, organiste, montre que le couvent disposait déjà d’un instrument plus ancien, que l’orgue neuf a remplacé. Ce bel instrument, bien décoré et riche de 19 demi-jeux, peut dès lors servir aux célébrations religieuses : les moniales peuvent dès lors interpréter de la musique sacrée, éventuellement accompagnée d’autres instruments. Mais il n’est pas utilisé très longtemps, car les troubles consécutifs à l’invasion des armées napoléoniennes (1807-1814) puis la desamortización - la vente aux enchères publiques des vastes terres et des biens que l’Église n’exploitait pas - provoquent le départ de la communauté vers 1835.

 

Ce n’est que dans les années 1970 que le monastère retrouve sa vocation originelle, en étant restauré et converti en un centre de retraite spirituelle. Les Monuments historiques préconisent alors de redonner à l’église son aspect originel, de dégager la nef et donc de démonter l’orgue et la tribune qui le supporte. L’orgue est entreposé quelques années, à peu près complet, jusqu’à ce que les frères Desmottes, facteurs d’orgue établis à Landete, le remarquent en 1996 et obtiennent de le transporter dans leur atelier pour établir un devis de restauration. La communauté de Buenafuente del Sistal, d’abord désireuse de conserver l’instrument, ne disposait pas de moyens importants et demanda aux frères Desmottes d’entreprendre la restauration au fur et à mesure des versements qu’elle pourrait leur faire. Celle-ci peut commencer mais l’orgue est finalement vendu en février 2012, lorsqu’un dixième seulement de la restauration est mené à bien. L’atelier Desmottes prend alors sur lui d’assumer la suite de la restauration, sans avoir d’acheteur.

 

Lors d’un voyage musical en Espagne, les organistes Jean-Luc Ho et Freddy Eichelberger découvrent par hasard cet instrument dans l’atelier des frères Desmottes. Il éveille leur curiosité par le décor du buffet, la beauté du clavier, sa sonorité typique… Naît alors l’idée de l’installer en France pour lui redonner vie.

 

Pour en savoir plus : Monastère de Buenafuente del Sistal , 19443 Villar de Cobeta, Guadalajara, Espagne.

https://es.wikipedia.org/wiki/Monasterio_de_Santa_Mar%C3%ADa_de_Buenafuente_del_Sistal

 

 

 

Le facteur Joseph Fuentes y Ferrer, de Mira

 

 

 

Son nom nous est connu une inscription faite sur la laye du sommier, relevée par les frères Desmottes :

 

 

Le 24 mai 1768, la sœur Josepha Chinchón étant abbesse, la sœur María Vicenta Saez organiste, le frère Clemente García et le père Luis Quirós confesseurs, a été achevé cet orgue (sauf le buffet) par le maître Joseph de Fuentes y Ferrer, natif de la ville de Myra, évêché de Cuenca, aidé par un de ses frères nommé Jaime de Fuentes, et par Juan Guerrero Menor, natif de la Huerta de Hernando, habitant du quartier de Buenafuente, pour la ferronnerie et le buffet. Dieu les garde et leur donne grâce et gloire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

José de Fuentes fait partie d’une dynastie de facteurs d’orgue qui court sur cinq générations, dont la présence à Mira est attestée entre 1702 et 1796, et dont les ouvrages couvrent la même période. Elle comprend notamment Jaime I, actif vers 1702, Antonio, actif vers 1730, José, actif vers 1745-1785, ses frères Manuel et Jaime II, enfin le fils de José et Francisco, le fils de Manuel. Parmi leurs travaux sont identifiés les orgues suivants :

 

  • Albares (province de Guadalajara), église San Esteban : cet orgue a nécessité plusieurs réparations au cours du XVIIIe siècle, confiées d’abord à Antonio Fuentes en 1729-1731 (pour 9 486 maravédis), et qui décore également le buffet pour 12 342 maravédis. En 1745, c’est José de Fuentes qui complète l’orgue avec plusieurs jeux, pour 20 604 maravédis. En 1759 encore, des transformations sont faites, avec de nouveaux soufflets, sommiers et jeux. C’est Jaime II Fuentes qui s’en charge pour 24 208 maravédis.

  • Villafranca de los Caballeros, église paroissiale : à la suite d’un cahier des charges établi en mai 1784, José de Fuentes commence en 1785 à reconstruire l’orgue, avec l’aide de son neveu Francisco, fils de son frère Manuel qui gérait déjà la maintenance de l’instrument. À la mort de José, le marché passe à son fils et à son frère Jaime II.

  • Requena, église Santa Maria : l’orgue est construit en 1773 par Jaime II de Fuentes pour 14 000 reales. Peut-être José l’a-t-il assisté ?

  • Requena, église San Nicolás : cet orgue a été rénové par les frères José et Jaime II Fuentes.

  • Cuenca, cathédrale Santa Maria y San Julian. Un très bel orgue double, construit par Julián I de la Orden, a été réglé par Jaime I de Fuentes en 1702-1703. En février 1762, Jaime II de Fuentes assistait Julián II de la Orden pour faire des réparations sur l’instrument

  • .... et l’orgue de Buenafuente del Sistal (1768), construit par José et son frère Jaime II.

 

José de Fuentes est cité sur le cadastre de Mira après 1749 :

 

A Joseph de Fuentes como ocupado en componer órganos atendido su poco trabajo solamente le computan de utilidad al día tres reales (Joseph de Fuentes, facteur d’orgue, taxé à 3 reales seulement en raison de son peu de travail).

 

Pour en savoir plus :

 

  • Louis Jambou. Evolución del órgano español : siglos XVI-XVIII. Oviedo : 1988 (2 vol.).

  • Louis Jambou. Julián de la Orden : culminación sonora de la organería en Cuenca, in El Libro de la 48 SMR (Cuenca : 2009), p. 89-133.

  • Angel Mejía Asensjo. Algunos aspectos sobre la construcción de la iglesia de San Esteban de Albares, siglos XVI a XVIII. in Wad-al-Hayara : revista de estudios de Guadalajara 21 (1994) p. 181-197.

  • Daniel García González et Marcial García Ballesteros. Música para teclado en Requena : antecedentes históricos y evolución en los siglos XIX y XX. in Oleana : cuadernos de cultura comarcal 27 (2013), p. 151-187.

L'orgue de Buenafuente en 1970.

Le village de Buenafuente del Sistal

L'orgue de Buenafuente en 1965